Nous avons eu la possibilité de rencontrer Sébastien Bourdais au Mans et nous lui avons posé quelques questions avant la séance de qualification des 24 Heures. Avec le pilote originaire du Mans on a parlé bien sur de la course, mais aussi de Formule 1 !
Est-ce qu’il y a une pression supplémentaire du fait d’être chez toi ?
"Non, ça fait juste plaisir de revenir chez moi, sur cette course que j’adore, dans une atmosphère particulière parce que quand tu es dans une écurie où la victoire est potentiellement possible c’est plus particulier qu’ailleurs."
Est-ce que le fait que le GP de Turquie était juste avant les 24 Heures t’as posé quelques problèmes, comment tu t’es préparé pour cette course ?
"J’ai mon programme F1 et mon programme Endurance avec Peugeot, il s’agit de deux choses complètement différentes, il n’y a pas de croisements, j’essaye juste de prendre le plaisir là où il est, c’est sur qu’ici c’est un petit peu plus facile, quand tu te bats devant de trouver de la motivation, avec Toro Rosso la motivation c’est d’essayer de faire avancer le système, de sortir de là où on est et de marquer des points, c’est deux défis très différents dans deux disciplines très différentes, donc il n’y a pas de souci. Il n’y a pas de préparation spécifique, elle est physique, elle est tout au long de l’année sur plusieurs années, il faut gérer la fatigue et les rythmes, savoir compartimenter Endurance et F1."
Beaucoup de pilotes ont dit que c’est très difficile avec un prototype de gérer les dépassements des voitures plus lentes, surtout la nuit, est-ce que tu as rencontré beaucoup de difficultés à ce niveau ?
"Pendant les essais c’était très difficile parce qu’il y avait quelques voitures qui étaient dans le coup qui roulaient en dessous des quatre minutes ou aux alentour des quatre minutes, il y avait une vingtaine de secondes même dans les prototypes, donc ça devenait rapidement scabreux parce qu’on va freiner à 200 mètres aux chicanes et les autres sont super prudents ou pas confiants dans la voiture et ça commence à lever à trois quatre cents mètres et ça freine à 350 des fois, ils remettent un coup de gaz avant le virage, ils arrêtent la voiture, ils sont un peu perdus, ils ne savent pas où se mettre. Ils voient une voiture qui arrive derrière très rapidement, ils font une dernière manœuvre quand ils voient que t’arrives dans le rétroviseur, donc c’est vrai que c’est assez difficile, mais c’est l’Endurance, ça a été toujours comme ça, c’est là où justement il y a un petit peu d’expérience à avoir entre savoir où aller, savoir où passer et lire les moments où il vaut mieux ne pas y aller. Il ne faut pas forcer le destin parce qu'un accrochage arrive super vite, quand ça sent pas bon il ne faut pas y aller. Hier deux ou trois fois même en te mettant vraiment à coté d’une voiture GT, avec un prototype souvent ils ne te voient pas forcement arriver et comme on est en dessous de leur porte, tu vois que ça se rapproche beaucoup avant qu’ils se rendent compte que tu es à coté et la tu pries un peu pour qu’ils puissent te voir.
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Comment l’expérience que tu as vécu aux Etats-Unis t’as aidé dans ta croissance comme pilote ?
"Je ne sais pas si on peut parler de aider ou pas, mais je suis arrivé là-bas en sortant de la Formule 3000, durant les cinq ans que j’ai passé aux Etats-Unis je suis devenu professionnel du sport auto, j’ai plutôt bien gagné ma vie, j’ai gagné beaucoup de courses, pas mal de championnats, j’ai pris beaucoup de plaisir dans une écurie très professionnelle, mais techniquement je me suis enrichi aussi parce que c’était quand même un peu poussé chez Newman/Haas. Et puis j’ai grandi, je suis arrivé là-bas j’étais célibataire et j’avais 23 ans. Je suis reparti j’étais papa et marié et j’avais 27 ans. La vie a évolué."
Qu’est que tu penses de cette domination des Brawn dans le championnat de F1 qui étonne beaucoup de monde ?
"ça pose pas vraiment de questions, depuis les essais de Barcelone où ils ont mis les roues par terre on savait que ça allait être l’équipe à battre. Après ils n’ont pas fait de faux pas, ils ont continué d’évoluer et ils sont toujours devant au bout de sept courses, donc ils ont juste fait du super boulot. Avec Jenson et Rubens ils ont deux pilotes expérimentés et rapides, donc c’est un petit peu marrant de relire les commentaires de l’année dernière de certains journalistes qui ont dit que Barrichello était fini et Button n’est pas aussi vite que ça. Un an après on les met dans la bonne voiture et puis ils sont devant. C’est là où il faut réussir à prendre un petit peu de recul et à dire que quand on arrive en F1 il y a vingt des trente meilleurs pilotes au monde et si on leur donne la voiture ça fonctionne quoi, tout simplement, c’est une combinaison, c’est un pilote qui fait une voiture ou une écurie, c’est un ensemble qui fait que ça fonctionne ou pas."
Est-ce que tu penses qu’au Mans on pourrait avoir un Grand Prix de F1 et si on imagine qu’il y est déjà un GP au Mans, est-ce qu’il aurait eu plus de chance par rapport à Magny-Cours de garder sa place dans le calendrier du championnat du monde ?
"Déjà au Mans le seul circuit qui pourrait être envisageable pour la F1 c’est le Bugatti mais malheureusement aujourd’hui est un circuit moto, il faut être assez clair. C’est un petit circuit, il n’y a pas d’enchaînements rapides, c’est une piste relativement étroite avec peu de possibilités de dépassements, quasiment pas de ligne droites, donc c’est un circuit pas du tout adapté pour la F1. C’est sur que les infrastructures au Mans sont beaucoup plus favorables d’un événement comme un GP de F1 puisque on y organise les 24 heures qui attirent largement autant de monde, même beaucoup plus."
L’année prochaine ils veulent interdire les ravitaillements pendant les Grand Prix. Qu’est que t’en penses, est-ce que ça va être trop dangereux ?
"Dangereux non, mais ça pose des problèmes de conception parce qu’on va avoir des voitures avec des réservoirs monstrueux, avec derrière toute une cascade de conséquences, à savoir les freins surdimensionnés ou pas assez dimensionnés, donc des énormes problèmes au début de la course, des pneus que j’espère seront revus et corrigés, il va falloir être beaucoup plus flexibles au niveau des pneus parce que là on a quelque chose qui ne fonctionnera jamais avec une quantité d’essence avec laquelle il faudra partir, il faudra 170 kg, ça fait plus de 200 litres, ça fait énormément d’essence. C’est un peu un point d’interrogation."